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Articles - Actus

Sanseverino
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Maigrir à tout prix

 

Penser à devenir fin pour rester dans la norme.

Penser à regarder les publicités dans la rue de ces gens qui ont l’air si heureux et qui sont maigres

Penser à s’arrêter devant les vitrines des magasins avec des mannequins qui ont l’air d’avoir un super look. C’est sur, ils-elles portent bien ces vêtements parce qu’ils-elles sont maigres.

Penser à regarder la télé parce que tous les gens qui présentent des émissions sont vraiment beaux, les femmes ont toutes la ligne et les hommes sont toujours tout propres sur eux, bien rasés bien habillés avec la répartition du poids partout où il faut. Penser à en prendre modèle parce que s’ils font de la télé c’est qu’ils ont réussi et qu’ils doivent être heureux et bien dans leur corps.

Penser à être attentif aux acteurs-rices de films. Leur silhouette, leur tenue, leur forme. Ce sont des grandes stars, ils doivent se sentir tellement bien dans leur peau. On aimerait bien leur ressembler.

Penser à regarder dans les magasins les nouvelles promo sur le bio et le rayon diététique, parce que c’est quand même important de faire attention à ce qu’on mange.

Penser à être attentif-ve aux remarques des médecins qui disent de faire attention et qui donnent des conseils sur ce que je dois manger, ils ont raison, c’est eux les spécialistes de la santé

Penser à faire attention aux remarques de mes ami-e-s sur le poids, c’est vrai, il faut que j’y fasse attention

Penser à manger de la même manière que mes collègues à midi, enfin ceux qui n’ont pas de problème de poids.

Penser à plaire à mon/ma conjoint-e tous les jours, gardez la ligne c’est important pour séduire.

 

La minceur fait partie intégrante de notre modèle économique et politique, basé sur le fait de créer le besoin sur des choses que nous n’avons pas. Rechercher un modèle toujours mieux, qualifié d’évolution sociale mais alimentant en réalité le développement de ce dit système qui va nous donner encore plus d’envie parce qu’on ne pensait pas en avoir besoin. On doit donc répondre à des exigences codifiées socialement pour rester dans la danse. La minceur fait partie de ces exigences. Pour se faire accepter socialement, il faut rentrer dans une case esthétique. Nous n’avons pas besoin de nous ressembler, nous savons aujourd’hui que c’est la reconnaissance de nos différences, que l’on peut appeler aussi notre comportement, qui crée la confiance en soi, le bien-être et le rassemblement. Et si nous avions tous les mêmes cerveaux ? nous serions en permanence en accord sur les mêmes sujets, nous ferions tous le même travail et habiterions tous dans un même logement. Nous mangerions la même chose et prendrions tous les mêmes décisions, bref on tournerait vite en rond. Pas très intéressant. Mais comme nos cerveaux semblent uniques, on peut vite avancer. L’apparence c’est la même chose; s’éloigner des normes et des codes esthétiques serait finalement gage de confiance à l'inverse de ce que l'on veut nous renvoyer. Ceci permettant d’avancer en tant qu’individu mais aussi dans un groupe. La confiance de soi n’est pas acquise par les autres, elle est encore moins innée. Elle se développe au fil du temps, selon les décisions que l’individu va prendre au cours de sa vie, avec bien sur un vrai facteur social qui a toute sa place.

Les troubles alimentaires en France sont nombreux et en train d’augmenter. 230 000 personnes présenteraient une anorexie mentale, 400 000 personnes souffriraient de boulimie et 500 000 de compulsions alimentaires. Les troubles alimentaires étant souvent cachés, il est difficile de répertorier le nombre exact de personnes touchées. On sait qu’il y en a au moins plus d’un million en France qui sont concernés par ces problèmes (données 2008). Il est important de rappeler que la société dans laquelle nous vivons est largement responsable de ces problématiques, l’idéal de la minceur et le culte voué à l’apparence et la perfection esthétique nous rendent, parfois même malgré nous, dépendant d’un modèle de re-présentation bien intériorisé. Les formes de lobotomisation du cerveau au sujet de l’apparence peuvent très bien ne pas avoir d’impact direct sur notre comportement sans prise de conscience immédiate mais nous dirigent vers des décisions de contrôle et de maîtrise de soi de plus en plus fortes. Ces règles esthétiques semblent aujourd’hui marqué dans le processus des normes sociales intégrées dès le plus jeune âge en France, normes appelées aussi contrôle social, terme qui prend tous son sens concernant les dérives alimentaires. Pour en savoir plus sur le sujet sociologique, je vous renvoie vers un livre qui m’a marqué, Norbert Elias « La civilisation des moeurs ».

 

Et merci Sanseverino pour la chanson.

 

Flavie Brochard

  • LSD, l'émission de France Culture : la semaine du 18 au 21 novembre 2019 était consacrée à la grossophobie ; quatre émissions qui aborde le sujet de la peur des et d'être gros en France.

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/place-aux-gros-14-tous-grossophobes

  • Un podcast de 39minutes avec Sophie Cheval, psychologue spécialisée sur les troubles de l'apparence, qui nous parle de fat-talk, grossophobie et autres réjouissances du culte de l'image et de l'obsession estéthique en France.

  • BCBT - Belles comme Toutes, Belles comme Chacune - Le podcast pour les femmes qui aborde les sujets de silhouette, d'apparence et de bien-être. Réalisé par Ariane Grumbach, diététicienne-nutritionniste.

https://bcbtlepodcast.lepodcast.fr/